Dimanche le 1er juillet, un détenu s’est échappé de la prison de Réau en Seine-et-Marne. On a assisté, dans les heures qui ont suivi, à la montée au créneau de nos ministres.
La Ministre de la Justice a évoqué une éventuelle défaillance en termes de sécurité. Sur l’absence de filet de protection au dessus de la cour où s’est posé l’hélicoptère, qui a servi aux complices de l’évadé, Nicole Belloubet, Ministre de la justice a dit « Il n'y avait pas de raisons pour qu'il y ait des filins sur ce lieu-là »"(le Monde du 4 juillet 2018)
Et elle a lancé une mission d’inspection interne. Mission dont, comme bien souvent, personne ne connaitra les conclusions. En fait, Mme la ministre (En Marche) fait tout sauf se poser la bonne question : comment cela a-t-il été possible ?
Question dangereuse car les surveillants avaient, à plusieurs reprises, alerté sur les failles de la sécurité et sur le manque d’effectifs.
Un aspect nouveau est apparu par les propos d’un syndicaliste de la prison de Réau qui a répondu dans la presse régionale le mardi qui a suivi l’évasion. Il a déclaré aux journalistes, sur la question des moyens et de l’absence de filet : « L’absence de filet anti aérien, c’est parce que l’administration pénitentiaire ne l’a pas jugé utile, ou faute de budget, puisque nous sommes un établissement à budget délégué. L’administration pénitentiaire le loue pour l’instant au privé et devrait le récupérer d’ici 25 ans. Tout est fait ici par le privé. Il ne faut pas se leurrer : si l’administration ne fait pas de bénéfice, le privé doit en faire. » (les DNA du 4 juillet 2018)
On retrouve là le fameux PPP. Le Partenariat Public Privé était la lubie des élu-e-s privatiseurs locaux dans les années 2000.
Le privé construit l’établissement et pendant plusieurs dizaines d’années la collectivité ou le ministère paie des droits d’utilisation à l’entreprise privée. Depuis un certain temps, de nombreux rapports ont montré le gouffre financier que cela représente. C’est Mme Rachida Dati, ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, qui en 2008 a signé le contrat de Partenariat Public Privé avec Bouygues.
Sur le site du Moniteur, on trouve cette information : « Alors que pour les établissements des deux premiers lots, outre la conception, la construction et le financement, seules l’exploitation et la maintenance font partie du PPP, le contrat conclu pour les prisons du lot 3 (la prison de Réau) est plus large. Il comprend en effet les services à la personne (restauration, hôtellerie, buanderie, formation professionnelle, travail volontaire des détenus, transports sécurisés, prise de rendez-vous pour les parloirs…). »
C’est tellement privatisé que le Journal du Dimanche de novembre 2011 écrivait
« Visite d’une prison Bouygues ».
A quand un mea-culpa public de tous ces élu-e-s qui ont expliqué à l’époque que le PPP c’est ce qui se fait de mieux...